L’auteur Jean-François Viot invite l’opéra au théâtre en ramenant la diva Maria Callas à la vie, le temps d’une interview.

Septembre 19771. Aujourd’hui, la Callas, la « voix du siècle », s’est éteinte. François Grenier, pourtant pressé de partir en vacances, doit enregistrer une émission spéciale sur la cantatrice. François se penche alors dans les livres et les disques, avant de recevoir la visite d’une femme énigmatique.

Cette femme, c’est Maria Callas, considérée comme une des plus grandes – si pas la plus grande – diva du XXe siècle. À travers les personnages qu’elle évoque et que François incarne, Maria retrace sa vie : la relation compliquée avec sa mère, la découverte de sa voix, l’apprentissage au conservatoire, l’ascension et la descente aux Enfers, en passant par des amours tumultueuses et peu ordinaires…

Ce sont des dizaines de trajets dans la voiture de mes grands-parents, à écouter Maria Callas, qui ont alimenté mon intérêt pour l’opéra. Les paroles étaient incompréhensibles pour mes jeunes oreilles (béni soit le surtitrage), cependant sa voix si particulière alimentait mon imagination, et le temps paraissait moins long. Sa voix est spéciale, mais reconnaissable entre toutes. Son timbre est celui d’une soprano dramatique, c’est-à-dire agile, puissant et d’une tessiture étendue. C’est le genre de voix qu’il faut pour Der Hölle Rache dans la Flûte Enchantée de Mozart, par exemple.

Née en 1923 à New York dans une famille grecque, Maria Kalogeropoulou, jeune fille au physique un peu ingrat, commence à chanter avant l’âge de dix ans. Poussée par une mère très exigeante, Maria chante tout ce qu’elle peut. En 1937, ses parents se séparent, et Maria suit sa mère en Grèce. Sans avoir beaucoup d’argent, elle prend des cours et essaie d'entrer au Conservatoire d’Athènes. Il lui faudra deux auditions pour être acceptée par Elvira de Hidalgo, cantatrice espagnole. Maria travaille d’arrache-pied, sans jamais vraiment reposer sa voix malgré les ordres de ses professeurs.

Pendant la guerre, Maria chante pour les Italiens, ce qui lui vaudra beaucoup de critiques et d’accusations de collaboration par la suite. Au lieu de s’établir en Italie, elle rentre aux États-Unis et passe des dizaines d’auditions, sans jamais rencontrer le succès. Celui-ci viendra en 1947, quand elle est choisie pour chanter la Gioconda aux arènes de Vérone. C’est en Italie qu’elle rencontre Giovanni Battista Meneghini, de vingt-huit ans son aîné, qu’elle épousera en 1949. Meneghini deviendra également son impresario. À partir de là, sa notoriété ne cessera de croître, jusqu’à ce que les années 1950 fassent d’elle la diva, « La Callas », que le monde entier s’arrache.

Malheureusement, sa rencontre avec l’armateur grec Aristote Onassis marquera le début des ennuis pour Maria. En 1959, sur le yacht d’Onassis, elle quitte Meneghini. Au début des années 1960, elle s’installe à Paris, aux frais de son amant grec… qui fricotera avec Jackie Kennedy en 1963. Maria voulait se marier avec Onassis, qui lui préfère finalement Jackie en 1968. Parallèlement à ses déboires amoureux, la carrière de la diva s’essouffle, tout comme sa voix. Sa dernière représentation a lieu devant son public japonais, en 1974. Après cela, elle se retire dans son appartement parisien. Elle fait des tentatives de suicide, alterne les somnifères et les excitants. La Callas meurt en septembre 1977, à l’âge de cinquante-trois ans, d’une embolie pulmonaire.

Maria Callas aura tenu cinquante-deux rôles et enregistré vingt-six opéras. Ses personnages prennent vie de manière surprenante, interprétés au plus près de l’intention de l’auteur, que ce soit dans les rôles de Norma, Tosca, Madame Butterfly et tant d’autres dans le bel canto.

La pièce Callas, il était une voix de Jean-François Viot permet de connaître l’artiste en vivant les évènements à ses côtés. Maria ne nous raconte pas sa vie, elle nous y fait plonger entièrement, parfois même en utilisant le public comme personnage.

Viot a notamment écrit les pièces Sur la route de Montalcino ainsi que Lettres à Élise (prix du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles). La mise en scène est signée Patrick Brüll, habitué du théâtre Jean Vilar, tout comme Viot. Maria est jouée par la soprano Anne Renouprez, dont les traits ressemblent à ceux de La Callas. Renouprez explique qu’elle a plusieurs fois croisé le chemin de Maria à travers des commentaires ou des rôles, et qu’elle tenait maintenant « la justification à bien des choses et même sans doute comme une manière de boucler la boucle ». Le rôle de François est quant à lui tenu par Alain Eloy, comédien, auteur et chanteur. J’ai bien aimé la dynamique de ce duo, avec une Maria plus vraie que nature et un François explosif – parfois un peu trop.

Je laisse maintenant la parole à Maria.

Je veux vivreRomeo et Juliette, Charles Gounod, 1867.

 

L’amour est un oiseau rebelle Carmen, Georges Bizet, 1875.

 

Un bel di vedremoMadama Butterfly, Giaccomo Puccini, 1904.

En savoir plus...

Callas, il était une voix

Écrit par Jean-François Viot
Mis en scène par Patrick Brüll, assisté par Daphné Liegeois
Dramaturgie de Patrick Brüll et Catherine L’Hoost
Avec Alain Eloy, Anne Renouprez
Mis en lumière par Laurent Kaye
Son de Eric Degauquier
Coiffé et maquillé par Sara Oul
Habillé par Emmanuelle Froidebise
Décoré par Jean-Philippe Hardy et Manu Maffei

Vu à l’atelier-théâtre Jean Vilar


  1. Les informations qui suivent ont été glanées lors de la vision de la pièce et dans les livres suivants : ALLEGRI (Renzo) et LAGET (Thierry), la Véritable Histoire de Maria Callas, Belfond, Paris, 1992, et LORCEY (Jacques), l’Art de Maria Callas, Atlantica, Biarritz, 1999.