Depuis un mois, Karoo propose un focus sur la poésie belge. Découvrez aujourd’hui, l’entretien de Caroline Lamarche pour son poème Le festin des morts illustré par Aurélie William Levaux  et publié aux éditions Tétras Lyre.

Bonjour Caroline Lamarche. Vous publiez aux éditions Tétras Lyre un poème intitulé Le festin des morts, pouvez-vous nous le présenter ?
C’est un texte qui a connu plusieurs versions. La première est née d’une commande du chorégraphe Thierry Smits pour L’automne dans V.-Nightmare il y a huit ans. Il était plus long, plus éclaté. Il a mijoté, décanté, jusqu’à atteindre cette « réduction », pour utiliser un terme culinaire. Car il s’agit d’une recette de cuisine en forme de conte noir, d’un banquet somptueux et macabre, un peu comme au Mexique dont la fête des morts m’a inspirée. Au lecteur d’imaginer l’histoire au départ des indices que je sème.

Festin-cover (1)Comment avez-vous découvert le travail d’Aurélie William Levaux ?
Par la revue Le muscle Carabine de Stéphane Blanquet, où elle avait deux pages extraites de son livre à paraître Menses ante rosam. J’ai acheté celui-là, puis les suivants, j’avais envie de faire quelque chose avec elle, sans beaucoup d’espoir car elle écrit ses propres textes. Lorsque Maxime Coton m’a proposé de publier Le Festin des morts, j’ai pensé à elle. J’ai eu la bonne surprise d’apprendre qu’elle m’avait lue et qu’elle aimait beaucoup mes livres. Elle a accepté immédiatement. Au même moment, Stéphane Blanquet, que j’espérais depuis des années aussi, illustrait par une photo étonnante la couverture de mon livre Mira. Ce sont des coïncidences qui touchent.

Qu’est-ce qui vous a interpellé dans son travail ?
La question de l’amour et de la guerre des sexes. L’érotisme. La maternité. La complicité entre femmes. Le rêve. Le sang. La présence des bêtes. La tranquillité et la cruauté. L’humour. Mais surtout la grande beauté de son travail. Cette alliance, sur le drap, de l’encre et de la broderie.

Concrètement, comment s’est passé votre collaboration pour la réalisation de cet ouvrage ?
Je lui ai remis le texte. On s’est vues pour en parler, d’abord avec Maxime Coton, pour évoquer la collection Lettrimage, définir le format et se poser la question du titre, car mon Enfin mort venait de paraître au Cormier, un texte auquel je tenais beaucoup également. Puis j’ai été chez elle, dans son univers. Elle a travaillé vite, généreusement, et un jour toute la série des dessins était là, offerte. Le graphiste, Sébastien Vellut, s’est mis au travail. Sa première proposition fut la bonne. Primaëlle Vertenoeil a pris le relais pour la préparation de la sortie du livre. Bref, tout s’est passé très simplement et agréablement.

Il s’agit de votre deuxième poème chez Tétras Lyre liant ainsi poésie et image. Quelle a été la nature de ce lien pour Le festin des morts ?
Un lien organique et subtil. Il ne s’agit pas d’illustration, mais d’un travail en résonance, ce qui me semble conforme à l’esprit des éditions Tétras Lyre qui m’avaient déjà éditée avec des gravures de Dacos pour Vent frais par matin clair, une proposition de Marc Imberechts à l’époque. Rares sont les éditeurs – souvent, et significativement, poètes ou artistes eux-mêmes - qui s’attachent à la forme brève, celle qui me convient, personnellement, le mieux (je pense aussi au Rêve de la secrétaire, avec des monotypes d’Alain Petre, chez Esperluète). Ces textes, avec le concours des images qui les accompagnent, sont une condensation de ce que vous avez de meilleur, voire même une porte d’entrée dans votre œuvre, à un prix attractif qui permet d’en faire un objet à offrir avec plaisir… ce dont je ne me priverai pas !