Fabrice Laurent est le directeur du théâtre de l’Éden à Charleroi.

27a.Fabrice LAURENT

Quel livre emporterez-vous en vacances ?
Smart. Enquête sur les internets de Frédéric Martel. Parce que j’ai dévoré ses précédents ouvrages : De la culture en Amérique et Mainstream, et que je ne rate pas l’émission Soft Power que Martel anime le dimanche soir sur France Culture (je recommande vivement le podcast).
Martel a un positionnement assez singulier dans le paysage culturel. Les politiques culturelles se sont essentiellement construites par opposition aux industries culturelles jugées avilissantes… En pratique, les frontières entre culture légitime, cultures populaires et culture de masse sont plus poreuses que jamais et la mondialisation n’a pas, comme on aurait pu le penser, tout uniformisé sur son passage. Elle a aussi renforcé, pour le meilleur ou pour le pire, l’ancrage régional et le sentiment identitaire… Le projet de l’Éden flirte en permanence avec cela en étant ouvert sur le monde qui l'entoure mais fier de ses racines (industrielles, métissées, ouvrières, conviviales…).

Quel est le spectacle qui vous a marqué cette saison ?
J’ai envie de citer Sunderland pour les grands et Miss Ouifi et Koubrev font des expériences pour les petits. Je vois toujours les spectacles dans l’enchaînement de mes journées de boulot et je m’arrange toujours pour me caler un rendez-vous professionnel avant les représentations histoire d'optimiser mon temps. J’ai parfois beaucoup de mal à rentrer dedans et je peux très vite passer au travers après une mauvaise journée. Sunderland est le parfait exemple d’un spectacle engagé qui dit des choses sur le monde d’aujourd’hui avec une forme très divertissante, un peu dans l’esprit des films de Ken Loach et des comédies sociales anglaises. Quant à Miss oufi et Koubrev… , ça donne juste envie de construire des fusées avec des bouteilles en plastique !

Quels sont vos projets pour la rentrée ?
Nous allons continuer de brouiller les cartes entre haute culture, cultures populaires, citoyenneté, créativité, divertissement, folklore, éducation permanente… En mélangeant dans un même lieu des propositions très pointues en musique ou en théâtre et des activités très populaires : soirée Roller Disco, battle de danse hip hop, promenades sur les terrils, soirées jeux de société, participation au carnaval de Charleroi… Nous lançons aussi la Charleroi Academy : prémices d’une université populaire qui proposera cinq journées de conférence et de réflexion sur la ville en mutation.

smart

Quelle serait votre destination de vacances idéale ?
Berlin. J’ y suis allé plusieurs fois l’hiver, ce qui renforce encore plus le côté « ville de l’Est »… Mais jamais l’été. J’aime l’atmosphère de cette ville. Accessoirement, j’aimerais aussi voir fonctionner la Fontaine de l’amitié entre les peuples… ;-)

Quelle est votre définition du mot « vacances » ?
Diriger un centre culturel est une préoccupation permanente. En général, je profite de l’été pour aller visiter d’autres lieux culturels et revenir avec des idées.

Quel sera le programme été de l’Éden à Charleroi ?
C’est avant tout une grand fête pour marquer le début : la Fête de la musique le week-end du 21 juin. Et une autre pour marquer la reprise de la saison : l’Opening Fièsse (en anglais wallon dans le texte) le dernier vendredi d’août. Entre les deux, quelques stages les deux premières semaines de juillet et les deux dernières d’août. On ferme du 15 juillet au 15 août. Dans l’idéal, nous devrions ouvrir non stop : un Carolo sur deux ne part pas en vacances et ceux qui partent ne s’en vont quand même pas un mois ! Je n’ai jamais trop compris pourquoi les saisons culturelles étaient calquées sur l’année scolaire. Dans les faits, entre les heures sup de l’équipe et les congés, nous ne sommes pas en mesure de proposer un programme d’activités sur l’ensemble des vacances. Mais on y travaille !