Karoo en été
Les films à ne pas manquer

Sun Screens (Palace), Raging Summer (Flagey) et projections en plein air (Grignoux, Nova) : nos cinémas indépendants mettent les bouchées doubles pour proposer des films de qualité tout au long de l’été ! La rédaction a épluché les programmes et dressé sa liste d’évènements à ne pas manquer, entre sorties, plaisirs coupables et classiques intemporels.
En salle depuis le 1er juillet, In Waves, l’adaptation du roman graphique autobiographique d’AJ Dungo (Casterman), nous plonge – littéralement – dans l’ambiance de l’été, direction les plages californiennes ! Le film d’animation français signé Phuong Mai Nguyen allie le récit d’un premier amour frappé par la maladie à une approche documentaire de l’histoire du surf. Tumultueux comme les vagues domptées par les apprenti·es surfeur·euses, le film nous ballote dans un drame aussi solaire que sombre qui nous rappelle nos premiers émois mais aussi la dimension salvatrice de nos passions.
Impatiemment attendu par les fans de Christopher Nolan comme par les passionné·es de mythologie, The Odyssey sortira en Belgique le 15 juillet prochain. L’adaptation de l’épopée d’Homère qui réunit un casting de prestige promet une aventure épique qui conjuguera batailles de grandes envergures, monstres et divinités avec un recours à des effets pratiques plus qu’à des effets numériques. Si le Kinépolis propose le film dans sa salle IMAX, le format de prise de vue original, plusieurs cinémas indépendants le projettent également, assurant une séance plus abordable et probablement moins chahutée par un public survolté. On retrouve la critique détaillée sur Karoo dès septembre !
Rendez-vous enfin le 12 août pour la sortie de The End of Oak Street de David Robert Mitchell. À la croisée du thriller, de la science-fiction et du film d’aventure, The End of Oak Street nous propulse en terrain hostile tandis qu’une rue de banlieue américaine se voit soudainement téléportée au cœur d’un paysage préhistorique. On y retrouvera Anne Hathaway et Ewan McGregor en bons parents protecteurs, mais aussi, et surtout, quelques dinosaures hostiles.
Le festival PleinOPENair
Le festival itinérant du cinéma Nova investigue les coulisses des transformations urbaines entre Forest et Anderlecht : rendez-vous au stade Verdonck ce week-end (et c’est gratuit !) Au programme, concerts, balades et débats mais aussi cinéma…
À nous la liberté ! (1931) de René Clair fut en son temps, il y a près d’un siècle, un film qui marqua son époque. On utilise forcément le passé simple en insistant lourdement sur les années qui nous en sépare pour décrire une œuvre dont on est pressé de découvrir l’énergie stimulante et la joyeuse expression d’un art qui sortait alors tout juste de son enfance.
Ah le bonheur des films fauchés, des premières débrouillardes, de la poésie et de l’humour décalé ! Grand Paris (2022) de Martin Jauvat réunit ces bonheurs pour qui parvient à les saisir : on se laisse porter par l’instant, on flotte, on s’égaille, tout va bien.
Le néoréalisme italien a posé parmi les fondations les plus solides du cinéma contemporain. Dès sa sortie, Miracle à Milan (1951) de Vittorio de Sica a divisé la critique, gagné une Palme d’or et construit sa propre légende. On enfourche son balai magique et on fonce se faire son propre avis !

L’été des Grignoux
Tous les samedis jusqu’au 12 septembre, Les Grignoux (Liège) ouvrent la cour de la Sauvenière pour une séance de ciné gratuite dès la tombée de la nuit. On vous a fait notre sélection ci-dessous, mais le programme est à parcourir dans son ensemble ici : Attention, pas de réservation possible : https://grignoux.be/fr/etedesgrignoux2026 premier·ère arrivé·e, premier·ère assis·e !
Le 11 juillet : Lady Bird (Greta Gerwig, 2018).
« Comédie dramatique douce-amère sur la fin de l’adolescence, l’envol vers l’âge adulte et les relations conflictuelles entre mère et fille, Lady Bird est un film jubilatoire qui a touché en plein cœur l’adolescente que j’ai été. » Amandine Fossoul pour Karoo.
Le 18 juillet : dans Le Château ambulant (Hayao Miyazaki, 2005), la jeune protagoniste Sophie subit une malédiction qui la transforme en vieille femme. Sur fond d’un univers fantastique plein de magie, le doux film d’animation propose une réflexion globale sur les conséquences de la guerre mais aussi sur la loyauté et l’amour.
« Dans la scène du jardin, Hauru veut montrer son jardin secret à Sophie. Elle est si émue et touchée qu’elle retrouve son corps de jeune fille. Elle garde toutefois les cheveux gris. C’est une scène merveilleuse mais aussi étrange car Sophie rajeunit tout d’un coup. Pourquoi ? Parce que pour l’une des première fois, Sophie agit comme une jeune fille de son âge, et non plus comme une vieille dame comme elle le fait souvent. Elle se laisse s’émerveiller, rêver, elle se libère de sa carapace. » Sathya Stevens pour Karoo.
Le 1er août : Parasite (2019). Immanquable Palme d’or de Bong Joon-ho, Parasite cumule les couches pour donner naissance à un récit à la fois grinçant et profondément touchant.
« Alors, il reste un film glaçant qui dénonce la violence entre les classes sociales, et l’écart toujours plus grand qui les sépare. Violence des coups, mais violence des mots surtout, de ce mépris latent qui n’en finit pas de ronger les chairs affamées et qui finit inévitablement par faire couler le sang (je ne dévoile rien, ça c’est dans la bande-annonce). » Siham Najmi pour Karoo.
Le 8 août : Under The Silver Lake (David Robert Mitchell, 2018). Hallucinations, disparition et obssession : tous les éléments sont réunis pour un bon film néo-noir américain !
« Tourné sous la forme d’une enquête, le film tient sa force de ses rebondissements toujours plus déconcertants. L’investigation de Sam permet de nous emmener à travers toutes les facettes de la ville de Los Angeles : des rooftops aux cryptes et aux cimetières en passant par le fameux réservoir appelé Silver Lake, des quartiers résidentiels à l’immense manoir d’un mystérieux compositeur de musique, sans oublier le mythique observatoire, tellement cinégénique. » Sophie Decaestecker pour Karoo.
Le 12 septembre : The Great Gatsby (Baz Luhrmann, 2013) clôt la sélection estivale, comme une grande fête qui promet décadence et glamour… mais qui cache aussi secrets et faux-semblants.

Les Sun Screens du Palace
Du 1er juillet au 23 août, les Sun Screens au Palace de Bruxelles se déclinent sous le thème de l’exploration des mécaniques de manipulation et de pouvoir, avec une attention particulière à la critique de la bourgeoisie. La programmation complète se retouve ici : https://cinema-palace.be/fr/sun-screens
Les classiques
Classiques parmi les classiques, le Dr Strangelove (1964) de Kubrick et The Great Dictator (1940) de Chaplin s’avèrent indispensables à découvrir ou à revoir tant ils appartiennent à cette catégorie d’œuvres universelles qui ont porté le cinéma à ses formes les plus abouties. D’actualité, malheureusement, l’un comme l’autre.
Incandescence, perfection formelle, profondeur intemporelle : Summer with Monika (1953), Persona (1966), The Seventh Seal (1957), Wild Strawberries (1957) d’Ingmar Bergman témoignent de la puissance d’un cinéma qui n’a rien à envier aux plus grandes œuvres littéraires. Aux regards contemporains, il faudra sans doute quelques minutes pour s’accommoder à un rythme et une image qui n’étaient pas encore dans une fuite en avant perpétuelle.

Le Charme discret de la bourgeoisie (1972) de Luis Buñuel offrira aux spectateurs de 2026 une confrontation vibrante à la subversion à nouveau subversive, mais pour d’autres raisons, des valeurs bourgeoises occidentales du XXe siècle.
Les feel good
« La reine souffre, la reine hurle, la reine dévore… la reine est malade et triste ; autour d’elle la cour s’agite, les envieux guettent les grâces et les disgrâces que sa favorite distribue au gré de ses intérêts. Vraie détentrice du pouvoir, elle murmure, dirige, manipule et gouverne, plus majestueuse que sa Majesté. » Thibault Scohier à propos de The Favourite pour Karoo
Entre sensualité, excès et course au pouvoir, on aura le plaisir de retrouver le trio formé par Olivia Colman (la fantasque reine d’Angleterre), Rachel Weisz (l’influente conseillère qui partage la couche de la monarque) et Emma Stone (prête à tout pour supplanter sa cousine dans son rôle de favorite) avec The Favourite de Yorgos Lanthimos (2018).
Jubilatoire, Inglorious Basterds de Quentin Tarantino (2009) réécrit l’histoire avec cynisme et flamboyance. L’uchronie n’a pas peur du kitsch tandis qu’elle réinvente la France occupée par le régime nazi en mettant en scène une résistance ultra-violente. On ne s’en lasse pas !
Histoire de se plonger un peu plus dans la filmographie de Park Chan-wook qu’on retrouvait cette année avec le jouissif No Other Choice, on redécouvre ici The Handmaiden (2016). Le thriller psychologique érotique nous entraine dans la Corée sous domination japonaise des années 1930, alors qu’une jeune femme aux intentions obscures rentre au service d’une riche héritière japonaise.
Fresque de l'industrie pornographique californienne des années 1970 et 1980, Boogie Nights de Paul Thomas Anderson (1997) retrace l'ascension puis la chute de ses figures les plus emblématiques dans un récit aussi vif que profondément humain, où la vulnérabilité affleure derrière les excès. Électrisant, ambitieux et souvent très drôle, Boogie Nights fait partie de ces classiques qui ne perdent rien de leur vitalité.
Film feel good par excellence, La Boum de Claude Pinoteau (1980) promet de raviver nos souvenirs de jeunesse et nos amours d’été ! Un film cultissime à voir et à revoir rien que pour revivre le doux slow entre Vic et Mathieu.

Les manqués cette année
Psychose obsessionnelle ou véritable invasion extraterrestre ? Dans Bugonia (2025), Yorgos Lanthimos nous ferait presque douter de tout au rythme de l’enlèvement d’une business woman au succès fulgurant par un jeune adhérant aux théories du complot les plus folles : et si les hautes sphères de nos sociétés étaient envahies par des aliens qui nous ressemblent ? Le réalisateur clôt sa trilogie informelle sur l’emprise (Poor Things, Kinds of Kindness) avec des performances mémorables de Emma Stone, mais surtout de Jesse Plemons.
Grand Prix à Cannes l’année dernière, le dernier film de Lars Von Trier, Sentimental Values (2025) « compte parmi les films qui tendent à démontrer les relations complexes, les tentatives maladroites d’affection. [...] On y explore les liens familiaux distendus et sur lesquels il faut faire des efforts. Cette famille n’est pas de celle où tout est facile, voire naturel mais chaque membre porte en lui beaucoup de tendresse pour les autres. » Fanny Lamby pour Karoo.
Au cœur du désert marocain, un père accompagné de son fils cherche désespérément sa fille disparue parmi des ravers en transe. Avec Sirat (2025), Oliver Saxe met en scène la descente aux Enfers sur fond de musique techno et de délires partagés.
« Ici, pas de flammes infernales, de Styx, ou de résurrection par les dieux, la catabase conserve toutefois son motif premier : le héros remonte des ténèbres à jamais changé. » Valentine Claudel pour Karoo.
« C’est assez particulier de recevoir quelque chose d’aussi profondément violent et de trouver ça magnifique. C’est aussi difficile d’expliquer la beauté. » The Chronology of Water (2025), premier film de Kristen Stewarts adapté du roman autobiographique de Lidia Yuknavitch, bouleverse dans son interprétation de la résilience face à la violence.
« C’est l’histoire de toutes les conséquences de la violence sexuelle et incestueuse, qui sont sans merci. C’est l’histoire du sang, et de l’écriture. C’est surtout l’histoire de quelqu’un qui parle et qui ne meurt pas. La chronologie de l’eau n’est pas linéaire. Elle saute de l’enfance à l’âge adulte à l’adolescence, elle patauge dans l’alcool, elle mord dans le deuil, elle recrache des viols, elle avale des amours, elle ne perd jamais sa sœur qui est partie pourtant. » Nouche Lits pour Karoo.

Raging Summer à Flagey
Les classiques
memento
parapluies
playtime
rochefort
Les manqués cette année
Restauré en 4K en juin dernier, Incendies de Denis Villeneuve (2010) refuse le spectacle pour privilégié un regard brut sur les ravages de la guerre dans un pays fictif du Moyen-Orient. On y retrouve la structure narrative et les thèmes de la tragédie antique auquels s'additionne une réalisation moderne et puissante qui consolide son impact grâce au jeu tout en nuance de ses acteurices. « Ni film intimiste au sens strict, ni fresque spectaculaire, Incendies atteint un point d'équilibre rare entre ambition formelle et puissance émotionnelle brute. Une œuvre à la fois immense et profondément humaine. » Pierre Vanesse pour Karoo.
Julien Colonna signe son premier long-métrage avec Le Royaume (2025), un film qui interroge sur l'héritage de la violence alors qu'il dresse le portrait subtile d'un gangster corse d'après le point de vue de sa jeune fille adolescente. « Julien Colonna et sa co-scénariste Jeanne Herry dressent ainsi un parfait portrait de l’adolescence : cet âge de l’entre-deux où tout est fragile et déterminant, et où évoluer dans un milieu violent, aussi aimant soit-il, peut avoir des conséquences irréversibles, le tout sans jamais oublier d’humaniser leurs personnages. » Léo Bernardi pour Karoo.
Faux documentaire signé Raphaël Quenard et son ami Hugo David, I Love Peru (2025) flirte avec l'auto-dérision dans un road-movie qui porte l'espoir de se retrouver quand la célébrité prend le pas sur l'identité. Absurde, frais et audacieux, l'univers de Quenard qui nous embarque vers le Pérou est parfait pour un été déconnecté !