Mononoke (モノノ怪) est un anime japonais réalisé en 2007 par Kenji Nakamura, produit par le studio noitaminA de la Toei animation. Il se découpe en plusieurs histoires indépendantes inspirées de récits d’horreur du Kabuki, se déroulant durant l’époque Edo (1600-1868). Elles mettent en scène des mauvais esprits, les Mononoke, qui tirent leur puissance des émotions qui rongent les êtres humains. Haine, frustration, regret ou désir de vivre donnent corps à ces créatures. Leurs actions, souvent violentes, mettent en danger l’entourage de la personne possédée. C’est pourquoi le protagoniste met un point d’honneur à les combattre. Cependant, pour y parvenir, il doit d’abord connaître leur forme (à quoi ils ressemblent), leur vérité (les faits survenus) et leur raison (l'émotion à leur origine). Ces trois conditions permettent à la narration d'explorer le ressenti humain face à la discrimination, la trahison ou la violence subie, notamment celle liée à la condition des femmes à l'époque Edo.

L’un de ces récits, le « Noppera-bo » suit l’histoire d’O-Cho, une jeune femme traitée comme une servante et insultée par son mari et ses amis. Elle accepte d'abord son sort, cherchant à les satisfaire quitte à se perdre elle-même. Puis, ne le supportant plus, elle aurait tué ses bourreaux et les aurait pendus à un prunier en fleur. Du moins, selon sa version des faits, que le protagoniste met sérieusement en doute. Mais qui d'autre aurait pu commettre un tel crime ? Cette histoire est-elle même tangible ? Ici, la figure du Noppera-bo, qui est un esprit sans visage, illustre le questionnement sur l'identité : celle du meurtrier, des victimes, mais aussi de soi-même.

Nous sommes ici toutefois pour parler de la couleur rouge dans ce récit. Il existe une variété de fleurs de prunier au teint pourpre, et cette plante impose sa présence dès la scène d'ouverture du premier des deux épisodes composant le « Noppera-bo ». On y découvre des fleurs de prunier blanches qui se colorent en rouge lors de ce que l'on suppose être le meurtre commis par O-Cho. Cette action est un point de pivot pour la jeune femme : elle n'aura plus à subir les maltraitances de son mari, mais elle est désormais emprisonnée et doit attendre sa sentence qui ne sera certainement pas des plus clémentes.

Le rouge semble donc symboliser le sang versé et serait synonyme de mort. Une image très marquante montre O-Cho debout sur une colline de crânes écarlates, sous des fleurs de prunier de la même couleur. Le rouge est passion, expression de l’émotion qui va jusqu’à l’action violente et mortifère.

Néanmoins, l’intrigue avance et la vérité est peut-être moins cruelle que ce qu’il n’y paraît. Dans la culture japonaise, la fleur de prunier symbolise l’espoir, la perspective d’un nouveau départ, car elle éclot en janvier lorsque la neige persiste encore. Imaginez ces petites fleurs rouges au milieu d’un paysage entièrement blanc et nu. De petites lueurs d’espoir qui laissent entrevoir la perspective d’un nouveau printemps. Ces fleurs rouges qui semblaient condamner O-Cho marquent peut-être, en réalité, son nouvel envol.

 

Un article d'Elena Cosma