critique &
création culturelle

« Hi Ren » de Ren

Deviens la personne que tu es

Et si la bataille la plus importante ne se jouait pas contre le monde, mais contre la voix qui nous habite ? Avec « Hi Ren », l'artiste gallois Ren transforme son parcours marqué par la maladie et la souffrance psychique en une œuvre bouleversante sur l'acceptation de soi, la vulnérabilité et la santé mentale. Un dialogue intime qui résonne bien au-delà de sa propre histoire.

Polarisation extrême, génocide cautionné, déconnexion des décideurs, détournement d’argent, baisse de pouvoir d’achat. Regarder le monde extérieur consiste à se sentir pessimiste, et pourtant… Si le plus grand danger auquel nous avions à faire face ne venait pas du monde extérieur, mais plutôt de nous ? De notre propre intérieur et de notre relation à nous-même ?

Ren Who?

C’est ce rapport à nous-même que propose Ren dans sa chanson « Hi Ren », où il décide d’entreprendre l’étape la plus dure d’une guérison : se parler à soi-même. Ren est un auteur-compositeur gallois de 29 ans. Musicien de rue, multi-instrumentiste, il se crée un style bien à lui en solo comme en groupe.

Mais son parcours est surtout marqué par une errance médicale où une dépression et un trouble bipolaire lui ont été diagnostiqués à tort, avant de comprendre qu’il était en fait atteint de la maladie de Lyme. En 2022, Ren, avec sa chanson « Hi Ren », pose des mots sur cette errance mais aussi sur sa relation avec lui-même, son art, sa santé mentale et sur cette petite voix interne qui ne se tait jamais.

La simplicité au service du message

Pour ce faire, Ren nous propose une chanson de 9 minutes 19 où il incarne deux personnages : lui et la voix qui lui parle dans sa tête. Il s’agit d’une discussion et d’un combat interne. La chanson ne comporte qu’un seul instrument pour accompagner la voix de Ren : la guitare acoustique. Ren se répond à lui-même dans un échange parlé-chanté, avant un monologue de fin sans guitare pour expliquer le contexte de sa chanson. Visuellement très sobre, le clip met en scène Ren en blouse d’hôpital dans un fauteuil roulant. Une lampe clignote lorsque sa voix intérieure s’adresse à lui pour symboliser le conflit. Les coupures sont discrètes, ce qui donne l’impression d’une interprétation en une seule prise. Ici, le message est le plus important, la forme le complimente.

Toutes les maladies, même physiques, ne sont pas visibles

Il est très difficile de faire comprendre que la douleur peut ne pas se voir dans un monde où l’image et les perceptions visuelles sont devenues si importantes : on ressent une fracture en voyant le plâtre mais toutes les maladies ne présentent pas de symptômes visibles. Si on ne le voit pas, cela n’existe pas. Ce déni permet de mieux vivre face à la violence de notre société. Et verbaliser notre maladie invisible, comme le fait Ren dans sa chanson et son clip, l’expose au monde extérieur, qui peut se révéler encore plus brutal que celui créé à l’intérieur de soi.

Accepter que notre fragilité est exceptionnelle

Dans sa chanson, Ren montre énormément de fragilité face à lui-même, mais aussi beaucoup d’authenticité. Cette maladie, ces doutes, cette errance, tout cela fait partie intégrante de qui il est et il n’essaie pas de l’exclure. Il discute avec sa partie sombre, il l’interroge, la remet en cause mais, avant tout, l’accepte sans la laisser prendre le contrôle. Parce qu'aller de l'avant ne veut pas dire triompher. Aller de l’avant, c’est parfois simplement se tenir debout à côté de ses peurs, de ses propres doutes ou de ses limites, les regarder et leur dire : « Je suis là, j’existe et je suis plus fort que toi. »

Montrer ses failles à l’heure du paraître et de la surperformance

Parler de santé mentale de manière ouverte et publique n’est pas encore aisé, encore moins lorsque l’on est un homme, à une époque où le masculinisme toxique apparaît comme une menace de plus en plus grande et où les injonctions de notre société imposent à l’homme d’être fort, de ne pas montrer ses émotions et où il doit figurer comme un symbole de force et de détermination. Ren brise ces codes en se montrant vulnérable et brisé.

Ren aborde les choses différemment. Être vulnérable, montrer ses failles, ses doutes, les exposer même lorsqu’ils sont invisibles, c’est peut-être ça, la plus grande force. Il faut du courage pour annoncer publiquement que l’on suit une thérapie dans notre monde où on ne montre que le succès et les fiertés. C’est se montrer vulnérable et, pour beaucoup, cela peut être perçu comme une véritable faiblesse qu’il faudrait dissimuler sous peine de perdre en crédibilité ou en validation. Dans cette chanson, Ren ne se bat pas avec le monde ou la manière dont on peut le percevoir, mais avec lui-même. Car quand on vit bien avec soi-même, quand on est en paix avec son intérieur, cela rayonne sur tout ce qui nous entoure.

Un dialogue pour entrer en connexion

Au-delà de parler de sa maladie, Ren nous parle aussi de sa place et de sa reconnaissance en tant qu’artiste. Il n’écrit pas pour passer en radio ou obtenir un Grammy, il écrit pour faire naître un sentiment chez les autres. C’est accepter de ne pas être dans les tendances pour exister, être conscient que pour exister et laisser une trace, il ne faut pas spécialement être reconnu à grande échelle. Mettre des mots publiquement sur de la douleur ou un malaise, c’est aussi ouvrir une discussion, c’est tisser des liens avec d’autres qui ressentent peut-être la même chose sans pouvoir l’exprimer, c’est entrer en connexion avec ceux qui sont isolés, en retrait ou peu reconnus.

Prendre de la distance avec la petite voix

Comme le montre très bien Ren avec « Hi Ren », dans la guerre de la santé mentale, il n’y a pas de gagnants ou de perdants, uniquement des victimes. On ne pourra jamais tuer la petite voix à l’intérieur de nous, car elle vient de nous-même, mais on pourra choisir de diminuer son volume ou de l’enfermer. Ce n’est pas une bataille à gagner, mais une danse éternelle. Plus nous sommes rigides, plus la danse est difficile, il faut apprendre à devenir plus doux. Doux avec soi-même.

Même rédacteur·ice :

« Hi Ren »

Par Ren Gill

Écrite, composée, interprétée et réalisée par Ren

Royaume-Uni, 2022

9 minutes 19 secondes

Voir aussi...