La dystopie est à la mode de nos jours, même dans les séries ! Retour sur 3 %, première production brésilienne de Netflix.

Sur le Continent règne la misère : les gens luttent pour survivre, il n’y a pas de paix et rarement de bonheur. Mais tous les habitants ont une chance de s’en sortir. Une seule. À l’âge de dix-huit ans, ils passent l’épreuve du Processus. 3 % d’entre eux seront choisis et deviendront des citoyens qui vivront au-delà des terres désolées, dans une société idéale, pleine d’abondance. La série d’épreuves, violentes, cruelles et ardues, a pour but de désigner les plus méritants dans une logique sélective darwinienne.

3 % suit trois intrigues simultanées : celle d’une bande de jeunes subissant le Processus, celle du directeur du Processus, Ezequiel (João Miguel), pris au cœur d’une lutte de pouvoir dans le monde des élus, et enfin celle d’un mouvement de résistance qui essaye d’abattre le système. La série parvient à présenter son univers avec dynamisme et même à le faire désirer au spectateur : on veut en voir plus et en savoir plus.

Politiquement, 3 % regorge de niveaux de lecture. On est clairement face à l’allégorie de la société brésilienne, extrêmement clivée entre riches et pauvres – la séparation géographique entre le Continent et la ville utopique incarnant l’opposition entre les favelas et les beaux quartiers. Elle déconstruit aussi le discours méritocratique qui poussent les indigents à la compétition en promettant aux plus excellents le paradis. Tout au long de la série, on comprend que le dit paradis a aussi ses démons, ses conflits internes et ses mal-êtres.

La première saison ne nous donne que peu d’éléments sur la société des élus, mais le tableau général de l’univers laisse entendre que deux dystopies se regardent en miroir : il y a le Continent, où les masses se meurent de misère, où la technologie de contrôle (caméra, armement, puce de reconnaissance intégrée) empêchent toute révolte et toute éclosion de la liberté ; et puis, se dessine de l’autre côté une société « parfaite » où séjourne l’oligarchie – les 1 % d’Occupy Wall Street – et où les sentiments négatifs ne sont pas censés exister même si les élus semblent privés de toute humanité.

Première production brésilienne de Netflix, la série pêche parfois par son ambition : le spectateur devra être tolérant face aux décors, surtout extérieurs, qui font souvent toc à cause du manque de moyen. La réalisation est propre et efficace, fonctionnant sur le mode du thriller politique et parvenant à créer une empathie immédiate pour les jeunes mis à l’épreuve. Les scènes de huis-clos, la violence parfois crue et le jeu des acteurs solide à défaut d’être parfait, tout concourt à nous projeter dans le monde de 3 %.

Le casting essaye aussi de refléter la diversité de la société brésilienne et le scénario, fait important à souligner, offre des personnages de femmes fortes. Le thème du handicap est aussi traité à travers Fernando (Michel Gomes), jeune homme en fauteuil roulant à qui on promet « des jambes » s’il parvient à survivre au Processus. Bien sûr certains thèmes classiques, comme l’amour de ces jeunes adultes, viennent aussi se greffer aux intrigues principales.

Il est trop tôt pour savoir si 3 % saura se réinventer dans sa deuxième saison mais la série a le mérite de proposer un nouveau type d’univers dystopique, basé sur une culture que la plupart des Européens connaissent peu ou pas du tout. Espérons que de plus en plus de séries viendront proposer des alternatives aux productions anglo-saxonnes tout en conservant leurs propres codes et leurs propres atmosphères. C’est la grande force de 3 % : sa fraîcheur.

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3%

Série créée par Pedro Aguilera

avec João Miguel, Bianca Comparato

8 épisodes de 38 à 49 minutes

Netflix, 2016