Une première partie plutôt bien fichue pour le Clash de Mohamed Diab, projeté au Festival international du cinéma méditerranéen. Jusqu’à cette mort, atroce...

Clash est d’abord l’histoire récente de l’Égypte : en 2013 ,les militaires égyptiens destituent le président élu Mohamed Morsi, leader des Frères musulmans, porté au pouvoir à la suite des printemps arabes. Ses partisans entrent alors en insurrection et s’ensuivent des manifestations monstres dans tout le pays. La population égyptienne est divisée entre les soutiens de l’armée et ceux du président déchu.

Le film de Mohamed Diab raconte une petite histoire dans le flot de la grande : comment deux journalistes d’une agence de presse américaine, un groupe de manifestants anti-Morsi et un groupe de Frères musulmans et de salafistes se retrouvent enfermés tous ensemble dans un fourgon de police. Ils commencent par se battre et s’écharper les uns les autres, mais leurs geôliers instaurent le calme par la force.

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On ne décolle pas les yeux de l’écran, on essaye de capter toutes les tensions, toutes les affinités, l’infinité de petits détails disséminés par le réalisateur.

La caméra de Diab est documentaire, elle filme au plus près de l’action et révèle rapidement sa dimension humaine. Tout le spectre politique égyptien est représenté dans sa diversité et sa complexité – on comprend vite que le but du film n’est pas de juger la position politique de chacun, mais de reproduire à petite échelle, de manière honnête, les conflits qui parcourent l’Égypte.

Clash, comme son nom l’indique, est un film haletant, comme un train qu’on prendrait au vol et qui nous enivrerait de vitesse. On ne décolle pas les yeux de l’écran, on essaie de capter toutes les tensions, toutes les affinités, l’infinité de petits détails disséminés par le réalisateur ; on respire un moment quand la caméra brise le huis clos et montre par une meurtrière les cortèges de manifestants et les combats de rue avec la police. Soudain l’un des prisonniers a besoin de soin, et...

Le film s’arrête. Non, en réalité, il ne s’arrête pas, il continue, mais je ne pourrais ni raconter ni commenter la suite. Et pour cause : lorsque j’ai été le voir, le mardi 6 décembre au Botanique, un problème technique a interrompu la projection... qui n’a jamais repris. Je suis donc orphelin de la seconde moitié de Clash, comme le reste de la salle qui semblait tout aussi pénétrée que moi.

 

Il serait difficile de dire que Clash a d’autres bons ou d’autres mauvais côtés en fonction de sa seule première moitié, toutefois je peux assurer ceci : une fois ses premières minutes dévorées, on en redemande. Même si le film semble avoir quelques défauts tout à fait mineurs, il sait jeter son spectateur dans le cours de l’histoire, où il ne se posera plus aucune question avant que la lumière se rallume… ou que le projecteur vienne à mourir.

Si vous en avez l’occasion, regardez-le (en entier) : non seulement vous apprendrez quelque chose sur le destin des printemps arabes et sur l’Égypte, mais vous profiterez aussi d’une petite et belle épopée humaine. J’espère pouvoir un jour terminer cet article qui, comme mon visionnage du film, s’éteint trop tôt.

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Clash Réalisé par Mohamed Diab Avec Nelly Karim, Hani Adel, Tarek Abdel Aziz France / Égypte, 2016 97 minutes